LES NEGRIERS EN TERRES D'ISLAM
la premiere traite des Noirs VIIe - XVIe siècle Jacques Heers

les fous de Dieu, chasseurs et trafiquants d'esclaves

De saints hommes, chefs de sectes renommés à tort ou à raison pour leur grande piété, menaient souvent le combat contre ceux que l'on dit et l'on veut croire infidèles et hérétiques, ou simplement mauvais musulmans ; ils appelaient à l'offensive, rassemblaient des troupes de fidèles et, bien sûr, ramenaient des cohortes de pauvres captifs.


Moreau de Charbonneau, administrateur et explorateur du Sénégal de 1674 à 1677, auteur d'un savant traité, De l'origine des Nègres d'Afrique, décrit longuement les entreprises des Marocains de la secte des Toubenae contre les Noirs, musulmans certes mais renommés « relâchés ». Ils les accusaient de professer l'islam tout en buvant du vin de palme et de la bière de millet. Leurs sorciers vendaient des amulettes. Leurs femmes ne se voilaient ni la figure ni les seins. Leurs hommes dansaient de manière impudique au son des tam-tams. Ils n'avaient pas de mosquée, révéraient leurs totems, vénéraient moins le Coran que les gris-gris dont ils étaient couverts des pieds à la tête « et qui parfois pesaient si lourd qu'il fallait s'y prendre à plusieurs pour les mettre en selle ». Ces peuples du Soudan occidental avaient déjà, à plusieurs reprises et tout au long des temps depuis la conquête musulmane du Maroc, souffert de toutes sortes d'exactions, proies faciles pour les réformateurs qui, du Nord, descendaient sur eux en vagues successives, chacune plus sanglante que la précédente, toujours occasion de rafles et de profits pour les marchands d'esclaves. En 1673, les hommes des Toubenae s'engagèrent à les remettre sur le droit chemin. Leur marabout, vénéré pour avoir accompli divers miracles, comme de faire pousser partout les grains en abondance jusqu'en plein désert ou presque, envoya plusieurs messagers chez les Noirs, exigeant qu'ils abandonnent leurs mauvaises coutumes et se rallient véritablement à l'islam. A leur refus, ses guerriers fanatisés marchèrent au combat avec des cris de joie, chantant des hymnes, agitant leurs drapeaux verts portant, brodés en lettres d'or, des textes du Coran. Ils incendièrent ou rasèrent les villages, massacrèrent les hommes par milliers, emmenèrent les femmes et les enfants loin de chez eux. Les survivants souffrirent longtemps d'une telle misère, si intolérable qu'un grand nombre d'entre eux allèrent d'eux-mêmes se vendre comme esclaves. Et Charbonneau de conclure : « On a dit que la conversion à l'islam était d'un grand bénéfice pour les Noirs car un musulman ne réduisait pas à l'esclavage d'autres musulmans. Cette immunité a peut-être été valable en d'autres pays mais certainement pas au Sénégal. » II y avait, dit-il un bon nombre de captifs musulmans dans les baraquements de la traite, y compris un saint homme ; ces esclaves avaient été livrés aux Français par des musulmans.

 

 

 

 

 

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