RESISTANCES

En 1512 Nunez de Balboa traversa l’isthme de Panama et contempla le Pacifique. La Castilla del Oro et le Venezuela sont reconnus. Le rythme de la conquête s'accélère, son rayon d'action s'accroît considérablement.

Hernan Cortez part de Cuba en février 1519 en direction du Mexique où vivent 25 millions d'être humains sur les plateaux. Tenochtitlan est conquise en août 1521. De 1521 à 1524, sous le choc, la résistance des indigènes s'organise : les Zapotèques de l’isthme de Tehuantepec, les Huastèques entre le Rio Tuxpan et le Rio Panuco. Francisco Pizarro part, lui, de Panama pour conquérir le Pérou. Il entre à Cuzco le 15 novembre 1533. De 1527 à 1544 commence la difficile conquête du domaine Maya. Une armature administrative coloniale est mise en place progressivement (conseil des indes, Audiencias et vice-royaumes). La prospection et l'exploitation minière progressent avec la découverte des mines d'argent du Potosi et de Zacatecas.

Ce sont les nègres, dont le monde s'accroît sans cesse à mesure que se multiplient les établissements permanents, qui organisent durablement la résistance. Alors qu'à Cartagena il y a de nombreux soulèvements d'esclaves, à Panama, en 1548, des nègres fugitifs organisent un royaume, élisent un roi, Bayano, et attaquent la route reliant Panama a Nombre de Dios où passent les caravanes portant l’or du Pérou.

Pédro de Ursua échoue dans son entreprise de pacification dans la région de Panama. Le nègre Félipillo se soulève avec une bande de « cimarrons »-terme indigène-dans le golfe de San Miguel. Au Venezuela survient en 1552 l'insurrection du nègre Miguel, esclaves des mines de San Felipe de Buria qui se proclame roi près de Nueva Segovia-au voisinage de Barquisimeto. Avec son épouse, la reine Guiomar, sa cour, sa noblesse et ses alliés les indiens Jiraharas, il fait une guerre acharnée aux espagnols.

Indigènes et nègres s’unissent pour lutter dans le Bahoruco (La Espanola) avec le cacique Enriquillo, de 1519 à 1533, avec Lampira au Honduras en 1538,Bayano au Panama en 1548, le roi Miguel au Venezuela en 1552 et Guaicaipuro en 1561-1568. Les plus tenaces dans leur résistance sont évidemment les Karibs et les Black Karibs de l'archipel orientale.

En Guadeloupe, les Karibs tuent et blessent, en 1625, des jésuites qui voulaient les évangéliser. Dans les Guyanes, où la foret se montre complice des nègres fugitifs «Cimarrons » et en Jamaïque où débute, en 1655, la première guerre des «maroons », le procès de résistance s'intensifie. À Cuba (El Cobre), à Sainte-Croix, en Guadeloupe et à Antigua, vers 1731-1740, les nègres rebelles font souffler un grand vent de liberté. Mais c'est à la Jamaïque et à Suriname dans la décennie 1739-1749 que les conflits armés se terminent par la victoire des «Marrons ». Les autorités anglaises et hollandaises doivent négocier et signer des traités de paix. C'est au cours de ce procès de résistance, d'Afrique aux Caraïbes, qu'apparaissent les formes de vaudou, la santeria, les langues créoles, les rythmes, les musiques, les idées religieuses qui fusionnent pour constituer une culture de résistance en marge de la vie coloniale.

L'analyse de ces révoltes nécessite parfois des explications anthropologiques au niveau des relations parentales, des stratégies de lutte, de la culture africaine (arts, musique, langues, religion). Ces explications aident à comprendre la vie des « nègres cimarrons » dans le Quilombo dos Palmares (Brésil) au XVIIe siècle, à l'avènement du chef Nzumbi ou leur existence dans les camps de la Jamaïque, de Guadeloupe, autour d'une agriculture africaine-amérindienne. La tradition orale des Caraïbes nous porte aujourd'hui quelques échos de cette période à travers contes, chants et proverbes. Mais il existe encore des habitudes, des traumatismes qui se transmettent des générations en génération, une sphère idéologique autour des langues créoles des valeurs particulières (« débrouillardise », ruse, fatalisme) qui se retrouve dans la culture orale des îles : Guadeloupe, Haïti, Saint-Thomas, Martinique, Dominique, Sainte-Lucie, grenade, Trinidad Tobago, et du continent : Garifunas de Belize, Louisiane, Guyanes et Brésil.

Les différentes formes de résistance, en comptant les empoisonnements les incendies et le suicide sont, ne nous y trompons pas, les seules ouvertures qu’ont eues les opprimés vers une réappropriation de leur liberté, de leur identité, de leur indépendance. Ils ont écrit, ces hommes et ces femmes des Caraïbes soumis au système esclavagiste, les chapitres d'une histoire où s'affirme sans conteste leur volonté de briser leur système concentrationnaire et d’ébauché la création d'une véritable société."

 

 

 

 

 

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